AVEC UN SIMPLE CRAYON, ALEXIS RAOULT TRACE SUR LE PAPIER DES PORTRAITS D’UN RÉALISME ET D’UNE BEAUTÉ ÉPOUSTOUFLANTS… ET PORTEURS DE SENS.
Par Gabrielle Gauthier

C’est à travers ses dessins d’un réalisme extraordinaire qu’Alexis Raoult s’exprime, et parle de ce qui le touche, notamment de la cause animale. Ses œuvres en noir et blanc, réalisées uniquement au crayon et posca, dégagent une telle intensité que le spectateur est littéralement transporté, comme s’il se retrouvait face à l’animal représenté. L’artiste retranscrit en effet avec beaucoup de justesse et d’émotion la sensibilité de ses modèles à travers leur regard et leur attitude, délivrant une émotion palpable.

D’où vous vient votre passion pour le dessin et plus particulièrement le dessin animalier ?

J’ai toujours plus ou moins crayonné sur des carnets de cours. Et même si rien ne me prédestinait à devenir dessinateur, je prenais plaisir à m’évader à travers mes dessins. À ma majorité, je me suis mis à croquer des visages puis j’ai testé la peinture qui m’inspirait davantage et j’ai commencé à réaliser sur toile mes fameux portraits, notamment de personnalités connues. Ce n’est que par la suite que je suis revenu au dessin, un art de prédilection pour moi, avec pour seul objectif de retranscrire avec un maximum de réalisme mes sujets. C’est lors de ma rencontre avec le photographe Lambert Davis et la découverte d’une de ses photos que le portrait animalier s’est imposé. Le singe de son cliché avait un regard tellement intense que ce fut un déclic. Il a accepté que je le reproduise en dessin. Cette collaboration se poursuit d’ailleurs aujourd’hui et l’envie de retranscrire les émotions des animaux ne m’a plus quitté. J’ai ensuite noué des collaborations avec d’autres photographes. Mais depuis 2020, je réalise mes dessins d’après mes propres photos… et je continue de me perfectionner dans le réalisme.

Les animaux sont un sujet de prédilection pour vous. Pourquoi ? Est-ce pour sensibiliser le public à la cause animale ?

Je me suis toujours senti proche des animaux, en raison de leur sensibilité, leur honnêteté, leur fidélité. Combien de temps va-t-il nous falloir pour réellement prendre conscience de notre impact sur la biodiversité et l’habitat naturel de tous ces animaux en voix de disparition ! À ma façon, je voudrais laisser une trace de ces espèces en les immortalisant sur papier et j’espère ainsi sensibiliser le public à la cause animale, ne serait-ce que quelques personnes, ce serait déjà un grand pas.

Comment choisissez-vous vos sujets ?

Je peux passer plusieurs heures devant mes clichés ou ceux des photographes avec qui je collabore avant de choisir l’animal que je vais dessiner. C’est une question d’émotion : cela dépend de mon humeur, de ce que je vis, de ce que je ressens. C’est aussi parfois un coup de cœur. Je ne choisis pas une photo de lion parce que c’est un lion, je la choisis pour l’intensité d’un regard. Lorsque je prends en photo un animal, quand il prend conscience que je l’observe et s’avance vers moi pour assouvir sa curiosité est le moment que je préfère. Son regard croise alors mon objectif. Cet échange peut être tranquille ou sauvage mais toujours très fort. Mais l’animal bougeant vite, je n’ai que très peu de temps pour réagir. Et si je réussis à capturer cet instant, je suis à peu près sûr que l’image peut être couchée sur papier avec toute son émotion.

Est-ce un choix délibéré de centrer vos dessins sur les portraits et non l’ensemble du corps, ou cela s’est-il imposé à vous ?

C’est un choix très naturel pour moi. J’ai toujours été passionné par le portrait, l’expression d’un visage, ses traits, ses rides d’expressions où d’expérience… et plus particulièrement par son regard. Cela crée une émotion unique et c’est, pour moi, ce qu’il y a de plus fort. Il y a cependant quelques exceptions dans mon travail, à l’image de ma dernière réalisation, un puma en taille réelle qui descend d’un arbre. Dans ce contexte, dessiner une partie de son corps jusqu’à ses pattes était une évidence.

Pourquoi avoir choisi le crayon et le noir et blanc ?

Le crayon a été un défi car les galeries exposent très rarement ce type de médium, préférant des huiles et des acryliques, et, surtout, des œuvres en couleurs. J’ai déjà réalisé des dessins en couleurs mais c’est dans le noir et le blanc que je me reconnais le plus. Cela ne s’explique pas véritablement…, c’est comme un coup de cœur. J’aime le dessin, j’aime le noir et blanc pour représenter une émotion de façon réaliste. Et c’est en raison de son engagement sur la biodiversité que j’utilise les crayons de la marque Faber Castel.

En quoi vos dessins très réalistes laissent-ils place à l’émotion ?

Il y a avant tout l’animal avec toute son histoire. La photo que je choisis est une émotion capturée, un échange, un moment entre lui et la personne qui le prend en photo. Puis, ce que je retranscris dans mes dessins est une partie de moi, des mots où des pensées que je n’arrive à transmettre que par le dessin à travers l’animal. Je pense que mes dessins captent toutes les émotions que je ressens au moment où je les réalise.

Chacune de vos œuvres vous prend entre 300 et 400 heures. Est-ce la clé pour arriver à une telle maîtrise ?

La patience est pour moi le maître de l’art, et le travail en est sa clé. Il m’a fallu des milliers d’heures pour réaliser des centaines d’œuvres, et passer par un nombre incalculable de croquis pour comprendre les moindres secrets de la proportion d’un dessin avant d’atteindre le réalisme et tout son émotionnel. Néanmoins, je passe entre 300 et 400 heures uniquement sur des pièces maîtresses, celles dépassant un mètre.

 

 

 

 

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