Question de subtilité

« Tout portrait qu’on peint avec âme est un portrait non du modèle, mais de l’artiste ». Ce n’est pas à un peintre mais à un écrivain que l’on doit cette analyse, et pas n’importe lequel puisqu’il s’agit d’Oscar Wilde qui, dans le Portrait de Dorian Gray, a exploré une allégorie du rapport entre l’image et le modèle.

Un rapport particulièrement délicat lorsque le sujet est féminin, non pas, comme l’affirmait le «peintre mondain» Jean-Gabriel Domergue avec ironie et un peu de goujaterie, parce que « Les femmes ne trouvent leur portrait ressemblant que lorsqu’il ressemble à ce qu’elles voudraient être », mais pour des raisons objectives. D’abord, parce que les traits féminins étant généralement moins marqués que ceux des hommes, le crayon et le pinceau ont moins d’accroche. Ensuite, parce que la diversité des types de peau et de carnation pose de nombreux problèmes aux coloristes, quelle que soit la technique utilisée.

Il faut non seulement trouver la bonne palette, mais aussi savoir poser les nuances et les ombres. Enfin, dernier défi de taille, la complexité d’une chevelure qui est à la fois une masse encadrant le visage et un ensemble d’éléments indépendants. Enfin, il faut savoir que le moindre détail, la ligne du cou, une fossette mal placée, un menton un peu flou… peut tout déséquilibrer. Évidemment, il reste toujours la technique prônée par Van Dongen: «Lorsqu’on s’est fait peindre par un peintre célèbre, il ne reste qu’une ressource : ressembler à son portrait ». Mais c’est une solution de facilité, qui manque par trop de modestie !

Gabrielle Gauthier
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