Un certain regard

Lorsque l’on pense apprentissage artistique, on pense souvent technique. Le geste juste, la maîtrise des couleurs, la mise en place des ombres et de la lumière, la connaissance des propriétés des peintures… Tout cela est évidemment important et mérite que l’on y consacre du temps et de l’énergie. Mais un autre aspect est trop souvent négligé : l’observation. Jean-Michel Alberola, peintre dont l’œuvre va de la figuration à l’abstraction en passant par l’art conceptuel, l’affirme : «Le travail de l’artiste c’est simplement voir. C’est tout. Voir !» . Bien sûr, avant de commencer à dessiner ou à peindre, on regarde son modèle ou, du moins, on le croit. On le voit devant soi… mais le regarde-t-on vraiment ? La différence est la même qu’entre «entendre» et «écouter».

Regarder, regarder vraiment, c’est aller au-delà de ce que l’on voit. Notre œil est commandé par notre cerveau, qui peut nous jouer des tours. Notre hémisphère gauche analyse le sujet et y associe toutes les informations que nous avons en mémoire, alors que le cerveau droit, pour sa part, le représente de manière brute, objective : forme, couleur, relief… On entend souvent dire qu’il faut «peindre ce que l’on voit et pas ce que l’on sait, ou croit savoir». Mais c’est un peu trop réducteur. Le rôle de l’artiste n’est pas de rendre la réalité telle qu’elle est, mais de
traduire une émotion. La peinture florale illustre bien cette diversité : entre la précision naturaliste d’un Pierre-Joseph Redouté et le symbolisme coloré d’un Henri Matisse, on a deux regards bien différents sur un même sujet.

Gabrielle Gauthier

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