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Comment réussir vos peintures de paysages ?

Avoir un coup de cœur pour un lieu ou un panorama et avoir envie de la reproduire est l’une des premières sources d’inspiration des artistes. Mais l’exercice peut se révéler plus délicat qu’il n’y parait. Par Anne Chanterelle

L’idée de placer des éléments naturels au cœur d’une œuvre occupe une place particulière dans l’histoire de l’art. Très répandu en Europe et aux États-Unis, c’est également un domaine apprécié en Chine et au Japon. Sur le vieux continent, si ce thème a suscité l’intérêt des artistes depuis l’Antiquité, c’est au XVIe siècle qu’il s’affirme, notamment grâce à Joachim Patinier. Pour la première fois, ce peintre anversois fait du paysage le sujet principal de la toile. Comme les natures mortes, la peinture de paysages va se développer dans les pays protestants, notamment en Flandres et en Hollande, qui réprouvent les représentations bibliques. De nombreux maîtres comme Watteau, Vermeer, Le Greco ou le français Claude Gellée, dit le Lorrain, vont démontrer qu’il est possible de représenter la nature avec un style personnel. Au XIXe siècle, la production de tableaux de paysages est aussi importante que celle des portraits. William Turner et Caspar David Friedrich voient dans la représentation de la nature une allégorie de leurs états d’âme. Paradoxalement, l’arrivée de la photographie dans les années 1850 va donner un nouvel élan à la peinture du paysage. Puisqu’il est possible de reproduire la réalité pratiquement à l’identique, la peinture va pouvoir explorer d’autres voies. Les impressionnistes, notamment Claude Monet, vont donner la priorité à la perception du paysage et non à la fidélité au modèle. Ils vont également mettre l’accent sur la lumière plus que sur le trait. Les nombreux mouvements artistiques du XXe siècle se sont tous confrontés aux paysages. Le symbolisme avec les Moulins de Piet Mondrian, le réalisme avec Edward Hopper, mais aussi le cubisme (Georges Braque, Albert Gleizes), le surréalisme (Dali) et même l’abstrait (Klee, Kandinsky, Zao-Wou-Ki). Aujourd’hui, le paysage reste toujours un thème de prédilection et, sans doute, un passage obligé, pour de nombreux artistes, quelle que soit leur sensibilité.

Apprendre à voir

Que vous soyez à l’extérieur ou que vous peigniez d’après une photo, l’un des points les plus sensibles de la peinture de paysages est la masse d’informations qui vous est proposée, à la différence d’un portrait ou d’une nature morte. La première erreur des débutants est de ne pas choisir ce qu’ils vont mettre en avant dans leur tableau. Si vous multipliez les éléments de même importance, l’oeil du spectateur ne va pas trouver où se fixer. Choisissez un élément, peu importe qu’il soit situé au premier plan, au milieu ou au fond, et décidez que ce sera le point focal de votre peinture. Cette approche vous permettra de comprendre comment le même sujet peut donner des résultats très différents. À partir de ce point focal, vous pouvez visualiser la composition de votre tableau.

Faites des esquisses

Pour transposer le paysage sur la toile ou le papier, définissez des lignes de repères, en respectant les règles de la composition, la plus simple étant celle des tiers (découpez votre surface de travail en neuf rectangles de taille identique). Placez ensuite les formes et les grandes masses pour asseoir la construction de votre tableau. Lorsque celle-ci vous semble satisfaisante et équilibrée, dessinez un croquis, en ajoutant toutes les informations qui vous semblent nécessaires. N’hésitez pas à faire plusieurs esquisses, elles pourront vous être utiles si vous êtes contraint de finir la pièce à l’atelier. Repassez sur les traits les plus importants avec un feutre. Vous pouvez reporter les éléments clés sur la toile (huile, acrylique) ou le papier (gouache, aquarelle) avant de commencer à peindre. Vous pouvez vous contenter de poser les grands volumes, une ligne d’horizon, le point focal que vous avez choisi. Selon la technique, vous pouvez avoir une esquisse plus ou moins marquée. Si vous utilisez une peinture transparente comme l’aquarelle, ayez la main légère !

Questions de couleurs

Pour que votre paysage soit harmonieux, vous devez déterminer une couleur dominante. Votre tableau sera-t-il dans des tons chauds ou froids ? Lumineux ou brumeux ? Clair ou plus sombre ? Petite astuce, si vous avez déjà commencé à peindre, jetez un œil sur votre palette. Si une nuance occupe la majeure partie de celle-ci, vous avez trouvé. Si ce n’est pas le cas, il est probable que votre tableau n’ait pas de dominante et le résultat risque d’être plat. Regardez à nouveau votre sujet et corrigez. Attention aux a priori. La végétation n’est pas obligatoirement verte, par exemple. Parfois, vous pouvez utiliser d’autres couleurs pour indiquer le feuillage. Ainsi, la vapeur d’eau dans l’air ajoute un voile, de sorte que les objets verts au loin peuvent en fait sembler violets ou bleus. Et vous pouvez aussi choisir volontairement de sortir des sentiers battus. Un ciel rouge peut donner un effet saisissant. Si vous avez déterminé votre clé de couleur avant de commencer, vous pouvez poser une sous-couche monochrome très diluée de cette teinte. Vous pouvez ensuite de la même manière
peindre les grandes formes dans une teinte unie. Si le résultat est séduisant, vous pouvez peindre avec les vraies valeurs.

N’hésitez pas à rompre vos couleurs

En peinture, l’expression « rompre une couleur » signifie casser l’éclat de celle-ci, la rendre plus naturelle. En effet, toutes les couleurs – ou presque – présentes dans la nature sont rompues. Il vous faudra donc impérativement transformer le vert (pour la végétation) ou le bleu (pour le ciel) qui sort de votre tube de peinture pour arriver à un résultat correct. Certaines couleurs, comme le vert émeraude ou le vert phtalo n’existent pas dans la nature, à part pour certaines pierres précieuses, ils devront être sérieusement rompus si vous voulez qu’ils perdent leur côté artificiel. Pour rendre un vert plus naturel, ajoutez-lui simplement une toute petite touche de rouge, vous serez surpris du résultat. N’hésitez pas aussi à tester des mélanges originaux. Ainsi, le noir mélangé à du jaune citron donne un très beau vert moyennement vif. Pour un vert plus discret, essayez de mélanger le noir avec du jaune de cadmium, un orangé ou de l’ocre. En outre, il est souvent utile de casser les zones autour d’une couleur vive pour rendre cette dernière très lumineuse, et donc pour la faire ressortir.

Un dernier conseil

Quand vous peignez un paysage, ne vous laissez pas trop prendre par le temps. En effet, les teintes changent rapidement avec la lumière et il est facile de ne plus avoir sous les yeux le même paysage que celui que l’on a commencé à peindre ! En revanche, cette diversité est intéressante. Comme Claude Monnet, quand vous avez trouvé un paysage qui vous inspire, ne vous arrêtez pas à un seul tableau. Peignez-le encore et encore, sous différentes lumières, à différentes heures du jour, sous différentes conditions climatiques et, pourquoi pas, à différentes saisons. Loin d’être ennuyeux, cet exercice vous permet d’apprendre à mieux regarder ce qui vous entoure et à vous concentrer non pas sur les détails, mais sur l’ambiance.

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