L’empâtement, ou impasto, consiste à poser sur la toile une couche épaisse de pâte colorée, pour créer un relief et ajouter de l’opacité à la peinture. Les empâtements sont appliqués généralement dans les zones de fortes lumières afin d’en accentuer l’éclat ou la matérialité. Ils attirent le regard sur certaines zones du tableau, permettent de créer des surfaces changeantes en fonction de l’angle d’éclairage et apportent de la profondeur. Souvent, pour accentuer le relief, l’empâtement se combine avec un glacis pour rehausser les effets d’ombre et de lumière. La peinture à l’huile est plus adaptée à la méthode d’empâtement, en raison de sa viscosité et de son temps de séchage, bien que la peinture acrylique ou même la gouache puissent être appliquées avec cette technique.

LA TECHNIQUE DES MAÎTRES

Cette technique a longtemps été jugée comme grossière. Plutôt que d’insister sur les qualités texturales de la peinture, les peintres cherchaient à ca- cher l’idée même de la peinture, en essayant de proposer des tableaux les plus lisses possibles, sans traces visibles de pinceau ou du travail de l’artiste. Les plus grands noms de la peinture, tels que Titien, Rembrandt ou Delacroix, ont ensuite largement popularisé cette technique. Les peintres expressionnistes, comme Van Gogh, ont utilisé l’empâtement pour trans- mettre leurs sentiments et leurs émotions. Les peintres modernes de l’impressionnisme, de l’abstrait et d’autres styles de l’art contemporain y ont également recours. L’impasto est aujourd’hui une technique de base de l’art abstrait et semi-figuratif.

CRÉER UN EMPÂTEMENT

La peinture peut être utilisée directement à partir du tube, en grande quantité. Cette méthode, qui est celle de l’origine, présente l’inconvénient d’être assez onéreuse, compte tenu du coût de l’huile. En outre, peindre en épaisseur pose des problèmes en termes de temps de séchage, avec le risque d’apparition de rides ou de craquelures. La plupart des marques proposent également des médiums gels spécialement conçus pour les empâtements qui allongent la couleur sans lui faire perdre de sa consistance.

Pour réussir des empâtements épais qui ne se craquelleront pas au séchage, on peut utiliser de la pâte à peindre, une pâte transparente de la même consistance que la peinture à l’huile. Il faut prévoir au minimum une part de pâte à peindre pour une part de peinture à l’huile, la proportion idéale étant de l’ordre de trois quart de pâte pour un quart de peinture. Plus grande est la quantité de pâte à peindre, plus courte est la durée de séchage.

Une autre méthode consiste à utiliser de la modeling past. Cette pâte blanche s’applique directement sur le support avec un couteau à peindre et sert de fond pour un empâtement. Il est nécessaire de laisser sécher avant de peindre. Il est égale- ment possible d’incorporer à la couleur une certaine quantité de matière sèche, par exemple du sable, de la poudre de marbre ou de la sciure d’un bois ne contenant ni tanin ni résine de préférence pour éviter les réactions chimiques.

COMMENT POSER UN EMPÂTEMENT

Au pinceau, l’empâtement est appliqué avec une brosse ferme, plutôt en soie de porc qu’en poils de martre ou en poils synthétiques, généralement trop souples. Cette tech- nique consommant beaucoup de peinture, il faut donc préparer sur la palette des mélanges suffisamment importants. La réussite des empâtements suppose une bonne maîtrise du pinceau. En effet, les différentes couleurs risquent de se salir réciproquement en raison de l’épaisseur de la peinture. Chargez votre pinceau avec beaucoup de couleur et tamponnez-le sur la toile en le travaillant dans tous les sens, créant ainsi une texture en relief. L’empâtement peut aussi être posé au couteau, ce qui per- met de créer des bords net ou de marquer des sillons. Il existe des couteaux de toutes tailles et il est utile de dis- poser d’au moins trois calibres différents pour varier les largeurs des traces et éviter la monotonie de la répétition. Le couteau peut être utilisé sur sa largeur ou sur sa pointe, en le tirant ou en le poussant, mais aussi sur son tranchant pour tracer des lignes fines plus ou moins droites. En va- riant le geste dans sa longueur, sa force d’appui, sa rapidité, sa direction, sa souplesse, sa raideur… on obtient toute une variété d’empâtements aux matières différentes. Il est également possible d’essayer d’autres accessoires, comme un rouleau, un spalter, du carton, du bois, une carte plastique…

CONSEILS DE PRO

– Utiliser une couleur épaisse, la plupart du temps non diluée. Si elle est trop chargée en huile à la sortie du tube, il est possible de la déposer sur un papier journal, un carton ou du bois poreux, qui feront office de buvard.

– On peut ajouter un peu de charge, comme du blanc de Meudon, à une peinture un peu trop transparente pour éviter qu’elle ne se ride au séchage.
– Si vous voulez que l’empâtement adhère bien à la couche inférieure, n’hésitez pas à augmenter la pression. Utilisez plutôt un pinceau sec, sans diluant ni térébenthine. Si votre pinceau est mouillé, la peinture perdra sa capacité à adhérer fermement aux autres peintures.

– Les toiles de lin sont préférables. Souples et résistantes, elles ne s’affaissent pas lorsqu’elles sont chargées de peinture épaisse. Les panneaux en bois peuvent aussi être intéressants.

– Si vous souhaitez réaliser une correction sur la toile, vous pouvez retirer la peinture en grattant la toile avec le couteau et la remplacer par de nouvelles touches empâtées.
– Ne passez pas un glacis trop tôt, même lorsque les empâtements sont apparemment secs en surface. La couche de glaçage risque en effet de ralentir le séchage à cœur de ceux-ci. L’idéal est d’attendre le séchage complet de la couche du dessous, ce qui peut être relativement long selon les épaisseurs des empâtements.

– En appliquant un glacis noir ou brun foncé sur un empâtement légèrement coloré, les marques de la brosse ou du couteau apparaissent très nettement. Cette technique per- met de suggérer les effets de texture de la pierre ou du bois.

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