Son goût pour la matière qu’il travaille au couteau mais aussi sa palette riche et colorée font de Dominique Dupin un impressionniste contemporain. Privilégiant l’atmosphère et la couleur, il trace sur la toile des scènes de vie aussi lumineuses qu’émouvantes.
Par Gabrielle Gauthier

Si Dominique Dupin se consacre à sa passion de- puis son plus jeune âge, ce n’est que sur le tard qu’il est devenu professionnel. Autodidacte, le peintre, guidé par des artistes qualifiés, inspiré par la technique des impressionnistes et nourri par ses propres recherches a magnifiquement trouvé son style, traitant ses compositions en privilégiant l’atmosphère et la couleur dans des scènes de vie, ou plutôt des « scènes de rue » comme il préfère les nommer, qui ac- crochent le regard par l’apparente simplicité du sujet, un marché, une pêche à pieds, une rue animée… qu’il transcende par une matière sculptée, une riche palette, une lumière généreuse, un mouvement subtil…

LA BEAUTÉ DE L’INSTANT

La sensibilité à fleur de peau de l’artiste se retrouve dans sa touche. Avec son couteau, il travaille la peinture à l’huile de façon spontanée, creusant la pâte pour donner vie à ses compositions, insufflant ainsi une énergie et un dynamisme aux sujets qu’il trace sur la toile. En véritable maître de la couleur, qu’il associe ou oppose, mais aussi de la lumière, Dominique Dupin retranscrit sur la toile des atmosphères riches et généreuses, témoignage de ses émotions quotidiennes. Comment ne pas être sensible à ces scènes hautes en couleurs qui, toutes, distillent l’élan de la vie, un plaisir simple… ?

Comment êtes-vous venu à la peinture ?

Depuis ma naissance, j’ai vécu dans un petit village isolé. L’uni- vers du dessin m’a permis de m’ouvrir à un monde qui me correspondait. Puis, très vite happé par l’entreprise familiale de menuiserie/ébénisterie, l’étude technique du trait a complété merveilleusement mon besoin de création.

Quelles sont vos principales influences ?

Rapidement, la couleur, la représentation de paysages et de personnages, les héros de bandes dessinées m’ont captivé. J’ai ensuite cherché à progresser, notamment à travers les livres d’art où je me suis plus particulièrement intéressé à l’impressionnisme, mais aussi en visitant les galeries. Enfin, la rencontre avec des artistes professionnels a accéléré mon besoin de m’exprimer…

Que signifie pour vous « être un impressionniste d’aujourd’hui » ?

Je reste acquis à la représentation « impressionniste ». Actuellement, les huiles et les outils facilitent les prises de risque : les fonds de toiles ou motifs suggérés impriment une ambiance plus attractive sur les sujets.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans les scènes de vie ?

Le mouvement, la vie de tous les jours et, surtout, le bon- heur de vivre… Tout cela, j’essaie de le reproduire dans mes réalisations et la couleur en favorise le cheminement.

Comment choisissez-vous vos sujets ?

Je repère partout les détails de la vie quotidienne : les conversations, les échanges, les attitudes… Autant de situations que mon cerveau accumule, bien rangées ou parfois en désordre. Un jour vient et une toile surgit en pensée. L’idée mûrit, la com- position s’échafaude et la couleur s’impose !

Votre recherche picturale s’articule-t-elle autour de la couleur ?

Dans mon imaginaire, la toile existe ! Ce n’est qu’ensuite que vient la construction. Et alors, tout va très vite : sans dessin préalable sur la toile, l’emplacement des zones de couleurs s’organisent, l’articulation coloriste compose mon sujet.

La couleur est-elle la seule composante qui donne une certaine atmosphère sur vos toiles ?

Une vie calme et sereine, la famille, la nature, l’océan organisent l’univers de mes créations.

Que symbolisent pour vous les tonalités que vous privilégiez ?

Les couleurs chaudes que j’affectionne agrémentent, il me semble, les scènes de vie en général. Pour autant, parfois j’aime provoquer un duel chaud/froid qui attire l’attention sur un détail.

Pourquoi avoir choisi « l’huile travaillée au couteau » ?

Le couteau s’est imposé à moi très vite. Mes débuts à la brosse ne me satisfaisaient pas, je « salissais » mes couleurs et le résultat me déplaisait. Quelques visites régulières chez mon voisin, un peintre professionnel travaillant au couteau, m’ont fait comprendre rapidement que cette technique permettait un étirement et, surtout, un résultat de nuances plus spontané et plus vif. Depuis, le couteau est mon allié !

Peut-on dire que votre touche est proche de la sculpture ?

Je n’ai jamais fait ce rapprochement… Avec l’expérience, mon travail se modifie. Ainsi, j’abandonne le travail en premier jet, j’en éprouve beaucoup plus de plaisir : moins de rapidité donc une étude plus minutieuse de mes réalisations.

Comment définiriez-vous votre style ? En quoi votre identité picturale est-elle si identifiable ?

Je peins par instinct, sans suivre la mode, mes sujets sont variés même si, souvent, les galeries me demandent des scènes de marché ou de rue, agrémentées de personnages en mini jupes avec des jambes interminables que j’affectionne particulièrement !

Que souhaitez-vous transmettre à travers vos œuvres ?

Mon bonheur est de rester dans mon monde que, parfois, j’étire au dehors.