Immortaliser les premières années de la vie d’un enfant par un portrait expressif et unique demande une véritable maîtrise technique et la compréhension approfondie du sujet. Par Christian Charreyre

Artiste portraitiste indépendante, Élise Cottenot développe un travail personnel où elle explore des techniques et des styles variés inspirés de ses univers préférés, de la bande dessinée à l’illustration pour enfants en passant par les atmosphères mystérieuses, zen et exotiques… Elle propose également la réalisation de portraits dessinés d’après photographies.

Comment êtes-vous venue à la peinture ?

Je suis née dans une famille où on aime l’art et la pratique du dessin. Gagnée par la fibre artistique, je me suis très tôt mise à dessiner des personnages inventés. Bercée par l’univers des albums pour enfants depuis ma petite enfance, je me suis plus tard découvert une passion pour l’illustration, la bande dessinée et les portraits, un univers qui ne m’a plus jamais quittée… J’ai choisi de m’orienter vers une filière artistique et je me suis inscrite en licence d’Histoire de l’Art à Strasbourg. J’ai ensuite obtenu le concours d’entrée à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Strasbourg (ENSAS) dont je suis sortie diplômée en 2016. Ces années d’études m’ont permis d’acquérir de nouvelles compétences techniques. J’ai néanmoins conservé cet intérêt particulier pour les visages, que j’ai continué de développer en réalisant des portraits pour mes proches. C’est tout naturellement que l’idée d’en faire mon activité professionnelle m’est venue.

Quelle est votre vision du dessin ?

Pour moi, le dessin est une manière d’extérioriser mes émotions, de m’évader, de voyager dans d’autres univers. J’aime franchir la frontière du réel pour basculer dans une autre dimension aux possibilités infinies : l’imaginaire ! Dessiner est pour moi un moment de détente, d’introspection, où je me retrouve seule avec moi-même dans le calme et l’intimité de mon atelier. J’aime recréer dans un portrait l’émotion qui se dégage d’une photo. Pour moi, le portrait est achevé quand j’ai réussi à donner vie à la personne dessinée, à capter son expression – cette petite étincelle de vie – et à la figer.

Où trouvez-vous l’inspiration ?

Je puise mon inspiration dans toutes sortes d’arts : peinture, sculpture, photographie, dessin, illustration, BD, street art… Tout est pour moi source de découvertes et d’enseignements. Ma curiosité me pousse à découvrir d’autres univers, d’autres artistes. Pour enrichir ma pratique artistique, je fréquente donc régulièrement les musées, les vernissages et les ateliers d’artistes. En peinture, les portraits académiques du peintre alsacien Jean-Jacques Henner et de la peintre impressionniste Mary Cassatt m’ont fortement influencée par leur douceur et la vibration qu’ils dégagent. La bande dessinée est aussi une source d’inspiration, notamment les dessins de grands maîtres de la discipline tels que Rosinski, Paul Cuvelier et Enki Bilal. En street art, je suis une grande admiratrice des œuvres de Dan 23, graffeur strasbourgeois, et des graffitis de David Walker. Leurs sujets multiethniques et leur style spontané et coloré sont une véritable explosion visuelle ! Mais mon coup de cœur absolu est pour l’artiste Stéphanie Ledoux et ses superbes carnets de voyage…

Quelles techniques privilégiez-vous et pourquoi ?

Mes techniques de prédilection sont le crayon graphite et les crayons de couleurs. Je réalise également des portraits à l’aquarelle mais associés à d’autres techniques comme le crayon graphite et le stylo. Le rendu de ces portraits est plus aléatoire car l’eau est un élément difficile à dompter : elle peut faire gondoler le papier, pâlir la couleur en séchant ou, au contraire, la concentrer dans des auréoles disgracieuses. En aquarelle une erreur peut être irréversible, contrairement au dessin au crayon que je peux facilement retoucher.

Combien de temps mettez-vous pour réaliser un portrait ?

Cela dépend du type de portrait, de son format et du nombre de visages à dessiner. Cela va de la
demi-journée pour un portrait individuel en A5 à plusieurs jours de travail pour un portrait de famille sur grand format.

Quelles sont les qualités d’un portraitiste ?

Un bon portraitiste doit avoir de l’empathie pour ses modèles, savoir sonder « l’âme » des gens, « voir » leur caractère profond et ressentir leurs émotions, au-delà de toute considération technique. La qualité graphique du dessin compte mais bien moins que l’émotion qu’il dégage. Un portrait peut être parfaitement réalisé techniquement mais être sans âme et sans vie ! Toute la difficulté est là : saisir l’expression et donner vie. Un portraitiste doit de fait être très patient mais aussi minutieux. Sur un petit portrait, un trait de crayon mal placé d’un millimètre peut tout changer dans un visage. En définitive je dirais que l’outil le plus important pour un portraitiste ce n’est pas sa main, c’est son regard.

Vous travaillez principalement d’après photo. Pourquoi ?

Pour une raison pratique : via mon site, mes clients me contactent depuis la France entière (parfois même de l’étranger) et je ne peux pas me déplacer pour chaque portrait à réaliser. En outre, cela permet à mes clients de sélectionner les photos qu’ils préfèrent afin d’immortaliser les moments importants de leurs vies ou de réaliser des montages pour réunir des personnes séparées physiquement. Dessiner d’après modèle vivant est une expérience totalement différente que j’ai pu expérimenter à la faculté. Cela nécessite une grande concentration et beaucoup de patience de la part du modèle qui doit rester immobile, des qualités qu’on ne peut évidemment pas demander à de jeunes enfants.

Réalisez-vous un dessin détaillé sur la toile avant de dessiner ou de peindre ?

Avant de commencer un dessin aux crayons de couleurs ou à l’aquarelle, je fais d’abord une ébauche au crayon pour être sûre de ne pas me tromper dans les proportions. J’affine ensuite progressivement le niveau de détails et de contraste.

Quelles sont les éléments clés pour rendre un portrait ressemblant ?

Avant tout, il faut respecter les proportions du visage. Le regard aussi est primordial car il est le miroir de l’âme et trahit le caractère du modèle. Pour les adultes, les rides ont également toute leur importance : elles traduisent le vécu de chaque personne, ses peines et ses joies. Une ride trop ou
pas assez marquée peut totalement changer une expression.

Les portraits d’enfants et de bébés posent-ils des problèmes particuliers ?

Absolument ! Les enfants et encore plus les bébés ont cette caractéristique qu’ils ont peu vécu. Ils sont donc très peu marqués, leur peau est lisse et leurs traits délicats. Il faut donc conserver cette fraîcheur dans le dessin : les traits de crayons se font plus doux, les ombres plus légères…

Quelles sont les moyens pour donner de la vie et de la profondeur à un portrait d’après photo ?

Il faut jouer avec l’ombre et la lumière. Trouver le juste équilibre entre les deux n’est pas toujours facile ! Souvent, je scanne mon dessin et je réduis l’image sur l’écran de mon ordinateur pour mieux voir les éléments qui ressortent et ceux qui ne sont pas assez contrastés. Pour faire ressortir un élément, il suffit par opposition de foncer ou d’éclaircir ce qui l’entoure.

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