De tous temps, l’animal a été représenté puis utilisé dans le domaine artistique. Avec certaines périodes plus fastes, comme le Moyen-Âge, la Renaissance ou le XIXe siècle, et un retour sur le devant de la scène ces dernières années.
Par Christian Charreyre 

Comme le rappelle Danièle Pérez, professeur d’arts plastiques à l’INSPE de La Réunion, « La représentation des animaux dans la peinture est particulièrement ancienne puisqu’on la retrouve dans les premières peintures de la Préhistoire (art rupestre et art pariétal) comme les grandes fresques murales de la grotte Chauvet. On remarque de nombreuses représentations d’animaux dans l’art préhistorique où les hommes dessinaient les moindres détails. Durant l’Antiquité, on trouve de nombreuses représentation de figures d’animaux dont beaucoup avaient une signification religieuse. De nombreux animaux sont ainsi représentés dans l’Antiquité égyptienne.

La plupart furent sacralisés et idolâtrés. Ils étaient considérés comme des incarnations vivantes de principes divins et furent associés à des divinités. Les temples élevaient dans des enclos sacrés des animaux en rapport avec les dieux qui y étaient vénérés. Les animaux morts (du moins, les plus importants) avaient même droit à une momification et à un enterrement cérémonial. Bien qu’il faille interpréter avec précaution les images d’animaux dans l’ancienne Égypte, par exemple en les recoupant avec des données paléontologiques, elles constituent une riche source d’informations sur l’écosystème de la vallée du Nil au cours des millénaires ».

UNE PRÉSENCE CONSTANTE

L’animal prend une place importante en Occident à partir du Moyen-Âge. « L’art du MoyenÂge est principalement un art sacré qui reflète la relation privilégiée entre Dieu et l’homme, créé à son image. L’animal soumis et imparfait apparaît souvent confronté ou dominé par l’homme. La représentation animale dans l’art médiéval est riche à la fois par la diversité des formes artistiques et des animaux représentés, qu’ils soient réels ou imaginaires. C’est l’époque des Bestiaires. Au cours du Moyen-Âge, la représentation animale va évoluer, passant d’une imagerie codifiée issue de multiples influences à une représentation naturaliste dont témoignent par exemple les croquis d’après nature faits dans la ménagerie des Visconti ou de Frédéric II, comme le lion de Villard de Honnecourt. De l’animal dépendent l’alimentation, le labour, l’amendement des sols, le vêtement, l’éclairage, le transport. L’animal est aussi le prédateur, l’ennemi, le parasite, le vecteur de maladies, le dévastateur de récoltes. C’est un référent symbolique majeur de la pensée chrétienne et de la vie sociale. On le trouve dans les bestiaires moraux, les blasons et arts religieux et profanes ». La peinture de la Renaissance marque un renouveau du style avec une volonté d’imiter la nature, même si la représentation des animaux est négligée au profit de sujets supposés plus élevés. Elle reviendra à la mode au XVIIe siècle avec les flamands Frans Snyders ou Pieter Boel, et au XVIIIe siècle avec des artistes comme George Stubbs et ses « portraits » d’animaux. Au XVIIIe siècle, les gibiers morts sont l’un des thèmes des natures mortes, comme chez Chardin. C’est aussi le début des toiles présentant des animaux de compagnie.

UN CERTAIN RECUL

Au XIXe siècle, certains s’inspirent du travail de Rubens pour honorer leurs propres commandes de chasses exotiques qui seront remises à la mode par l’orientalisme. Delacroix passe maître dans cet art. Son contemporain et néoclassique confrère David est amené à peindre des chevaux en qualité de « premier peintre » de Bonaparte. Mais la peinture animalière en tant que genre à part entière a connu un certain désamour à partir de la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Les peintres des principaux courants artistiques (impressionnisme, expressionnisme, abstrait, cubisme, surréalisme…) ont naturellement utilisé les animaux comme sujets, mais pas de manière régulière. Aujourd’hui, avec un regain d’intérêt pour la peinture figurative en général, notamment aux États-Unis, on peut espérer que ce genre qui nécessite capacité d’observation, maîtrise technique et créativité retrouve toute la place qui lui est due.