Après un parcours éclectique qui l’a menée de sculptures préhistoriques à la restauration d’œuvres bouddhistes en passant par l’illustration de science fiction, Christiane a trouvé dans l’aquarelle un moyen d’expression sans limites.
Par Christian Charreyre

Si elle a choisi l’aquarelle, c’est parce que ce médium lui permet de s’ex- primer avec force, sans forcément tout dire, et d’oser le paradoxe. Ses œuvres vont du portrait à la nature morte, de l’architecture aux paysages, de nus à l’abstraction.

Quel est votre parcours artistique ?

Je suis en quelque sorte « tombée dedans » dès ma naissance, avec une lignée d’ancêtres artistes et artisans, et un père dessinateur technique. Je suis passée par les arts plastiques, les arts décoratifs, les Beaux-Arts… J’ai d’abord travaillé dans le de- sign, la création de logos et l’illustration de science fiction et j’ai même remporté quelques distinctions. J’ai toujours voulu peindre mais, longtemps, je n’ai pas écouté les signes intérieurs ni suivi mes penchants naturels, et j’ai privilégié une carrière en entreprise, tout en étant très engagée dans le bénévolat. J’ai appris à sculpter le grès rose de ma région avec un maître-tailleur exceptionnel. Je me suis alors spécialisée dans la sculpture préhistorique jusqu’à ce qu’un souci de poignet y mette fin. Dans l’Himalaya, j’ai ensuite été initiée auprès de Maîtres Bouddhistes à la restauration d’œuvres sacrées, refaisant la peinture de statues et confectionnant des fresques murales dans un temple, en respectant les « codes » de cette discipline si particulière. En 2010, j’ai débuté une formation artistique et je me consacre à l’aquarelle et au dessin depuis 2012. Enfin, je suis vraiment à ma place. Aujourd’hui, je suis artiste professionnelle, j’expose à l’international et quelques-unes de mes aquarelles sont dispatchées aux quatre coins du monde.

Comment définissez-vous votre style ?

Je mets beaucoup de moi dans mes peintures ; en même temps, je dissocie cette activité de ma personnalité profonde, qui reste mon jardin secret…

Chaque sujet que je peins est unique et comporte une intention, un message… et beaucoup d’émotions. C’est l’une des raisons qui fait que je scinde ma peinture en deux parties : celle qui est privée et faite par pur plaisir, rien que pour moi – que, sou- vent, je ne mets pas sur Internet et jamais en vente – et la peinture « publique », toujours pleine d’émotions et que l’on peut éventuellement acquérir.

Y a-t-il a un secret pour réussir un tableau ?

Il faut aimer son sujet, savoir faire des traits justes, et mélanger savamment sa griffe aux techniques rendant le mieux ce que l’on souhaite exprimer. Personnellement, j’aime peindre à grande eau tout comme faire quelques effets à sec. J’aime le mouvement, la transparence et l’intensité vibratoire que dégage un sujet peint avec une grande passion. Peignant sans additifs et uniquement sur papier, je recherche selon le sujet à traduire douceur ou force, combinant transparence et densité des matières… Mes œuvres sont modestement un hommage à la Beauté de la Création mais aussi au labeur des Anciens.

Comment choisissez-vous vos sujets ?

J’aborde tous les thèmes, tout en gardant « ma griffe » et mon regard. Je veux avant tout racon- ter une histoire à travers mes tableaux. Je peins essentiellement des choses qui font partie de mon quotidien et uniquement ce que j’aime. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles j’évite d’accepter les commandes, excepté si je suis en totale adéquation avec le sujet. Ma peinture, comme ma nourriture, suit toujours le mouvement des saisons… En hiver, j’aime les peintures compactes et denses qui rendent bien la matière ; au printemps, je commence à alléger et à choisir des couleurs plus toniques ; en été, c’est le travail sur le terrain qui l’emporte. Enfin, l’automne est l’occasion de peindre des sujets colorés et… souvent comestibles.

Pourquoi privilégiez-vous l’aquarelle ?

L’aquarelle est la technique la plus difficile, et c’est cette difficulté qui m’intéresse car, souvent, on a peu de recul, et il faut « penser » au travail en amont avant même de s’emparer de ses pinceaux.

Quelle est pour vous la principale difficulté de cette technique ?

Technicité ne rime pas forcément avec difficulté mais pour arriver exactement à ce que l’on veut, il faut des années de pratique. L’aquarelle telle que je la conçois part d’un dessin juste donc c’est par là qu’il faut commencer.

Vous travaillez aussi à l’encre et à l’acrylique. Pourquoi ce besoin ?

L’aquarelle c’est mon métier depuis que je suis artiste professionnelle. Mais, occasionnellement je change un peu, pour mon plaisir personnel. J’ai aussi des esquisses que j’aime beaucoup et que je ne publie jamais car elles ne sont précieuses que pour moi.

L’aquarelle permet-elle de « tout faire » ?

Oui, l’aquarelle permet de TOUT aborder et de tout faire si techniquement on a assez d’expérience. Mais lorsque l’on n’a pas réalisé un sujet depuis

un moment, il est toujours bon de faire quelques études préalables. C’est aussi très important si l’on est amené à changer de marque de papier car le rendu peut énormément varier.

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