À travers une identité picturale suggestive et poétique, Odile Escolier livre sur la toile ses émotions dans des harmonies en camaïeux et des effets de matière.
Par Gabrielle Gauthier

Nancéenne d’origine, vivant à Chambéry, Odile Escolier développe sa recherche picturale à travers les encres, le pastel puis l’acrylique et les techniques mixtes. « Je pratique l’aquarelle et le pastel depuis 1980, les encres, l’acrylique et les techniques mixtes (pigments, collages sur toile ou sur papier) depuis 1990 », confirme-t-elle. Sur la toile, elles trace d’une écriture poétique des histoires de rencontres, de partage, de liens à l’autre mais aussi à la nature, transmettant avec force et délicatesse ses émotions quotidiennes. « J’ex- prime l’émotion par la couleur et je recherche des effets de matière. Des personnages peuvent venir habiter les décors de façon suggérée, ébauchée, effacée, parfois juste dans le mouvement, juste pour dire qu’ils existent… ».

NE GARDER QUE L’ESSENTIEL

Dans son atelier, elle travaille l’épuration du trait, la suggestion des formes pour livrer avec brio des ambiances qui vont à l’essentiel. Nourrie par son quotidien autant que son imagination, inspirée par la question humaine autant que la nature, Odile Escolier sculpte la peinture pour en tirer le meilleur, donnant à ses toiles ces effets de lumières et de couleurs si particuliers où le mouvement subtil est délicatement suggéré. « Les peintures qui naissent sont le résultat de toutes les émotions et les sensations enchâssées dans la mémoire vive, conscientes et inconscientes, individuelles et collectives. Souvent je peins en même temps sur différentes toiles, en favorisant le temps du séchage des couleurs, temps d’incubation nécessaire pour prendre une distance : une toile en cours d’ouvrage peut rebondir à tout instant. Lui permettre cette ouverture est un acte de liberté, une renonciation à tout contrôler ». Laissant la place aux accidents, ses tableaux, emprunts de mystère et de fragilité, nous suggèrent l’essentiel : la beauté du monde et l’éphémérité de la vie. Un rappel salutaire accompli avec finesse.

Comment êtes-vous venue à la peinture ?

Dans mon parcours, la peinture a toujours été pré- sente d’une manière ou d’une autre, pour prendre une place de plus en plus importante, avec différentes passerelles, dès mes 25 ans.

Quelles sont vos principales influences ?

Je suis tout simplement influencée par ce que je vis au quotidien. Les images, les situations les plus émotionnelles s’impriment et se retranscrivent naturellement. Je suis sensible aux grands espaces, à la nature, aux rencontres, à la sculpture, mais aussi aux œuvres de Giacometti, Rothko, Gao Xingjian et Ernest Pignon Ernest.

Comment définiriez-vous votre style ?

Un style suggestif, poétique, matiériste, dans des harmonies en camaïeux.

Comment choisissez-vous vos sujets ?

Depuis le début de mon parcours, il y a une récurrence avec certains sujets, les personnages, sans genre défini, racontent leur lien à l’autre ; la nature, le thème des arbres, les grands espaces pour des toiles d’inspiration abstraite font plutôt référence à des paysages. Des ambiances qui parlent tout simplement de mon environnement.

Épuration du trait, suggestion des formes… Que signifie pour vous le fait de suggérer ?

Suggérer permet de laisser la place à l’imagination, de dire sans tout dévoiler, d’évoquer, de ne pas tout révéler afin de laisser à chacun la possibilité de raconter sa propre histoire. Dans mes toiles, il y a souvent de l’espace, du vide, comme l’idée d’un silence nécessaire pour qu’une conversation puisse s’engager.

Votre recherche picturale porte-t-elle également sur la couleur ?

La couleur est présente mais plutôt en monochrome ou camaïeu d’une ou de deux couleurs au maximum. J’ai en effet une attirance naturelle pour les harmonies de tons. Pour moi, de la sobriété des couleurs naît une sensation d’intimité, de tranquil- lité qui invite à se focaliser sur le sujet, en se sentant enveloppé par une impression de douceur.

Entre figuration et abstraction, comment peut-on qualifier votre touche ?

Une touche plutôt semi figurative, matiériste pouvant aussi complètement basculer vers l’abstraction, les lignes et la matière deviennent alors le sujet.

Vous associez acrylique, encres et pigments, parlez-nous de votre technique…

C’est ce qu’on appelle les techniques mixtes, toutes ces techniques à l’eau pouvant s’associer sur différentes couches. Tout d’abord, les pigments sont intégrés avec un liant acrylique, apportant de la transparence. L’acrylique prête à l’emploi est ensuite utilisée en épaisseur sur le fond puis sur le sujet proprement dit. Les couches successivement superposées se constituent en strates, la matière apparaissant peu à peu. L’encre peut éventuellement être employée pour les rehauts, ou quelques traits fins.

Qu’est-ce qui a guidé ces choix techniques ?

II y a longtemps, les pigments me permettaient de fabriquer la peinture. Ensuite, cela est devenu une technique parmi d’autres. Mais de nouveaux médiums se sont intégrés, la sciure, le ciment, le mortier, le sable… et bien d’autres produits détour- nés. Dans l’utilisation de ces multiples associations, rien n’est figé, tout évolue en permanence.

Que souhaitez-vous « transmettre » à travers vos œuvres ?

Je n’ai jamais peint en me disant : « je vais transmettre une chose ou une autre ». Il n’y a jamais eu d’objectif ainsi défini. Je peins avec une certaine émotion. Lorsque ma peinture interpelle ou transporte celui qui la regarde, je trouve cela simplement mystérieux et bouleversant. Il y a alors une rencontre, et la transmission devient ainsi réciproque.

Quels conseils donneriez-vous à un peintre débutant ?

Explorer, expérimenter, associer différents médiums, multiplier les expériences et les découvertes en utilisant des supports basiques (affiches, cartons…). Plus on multiplie les essais, plus on se donne la chance de surprises créatives.