Les fleurs ont toujours été une source d’inspiration pour les artistes. Dans les natures mortes, elles permettent la recherche de la précision ou, au contraire, de donner libre cours à la créativté.
Par Christian Charreyre

 

Comme le rappelle Geneviève Fettweis, guide-conférencière au Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, auteure d’une monographie, Les fleurs dans la peinture des XVème, XVIème et XVIIème siècles, les représentations florales font partie de l’histoire de l’art depuis la Haute Antiquité : «Les fleurs sont ainsi Anastasia Schull, Le rouge et le blanc, huile sur toile, 60 x 40 cm. présentes dans les peintures murales égyptiennes, les fresques minoennes ou les décorations des villas romaines. Chez les Grecs et les Romains, les fleurs sont souvent associées au culte des dieux. Elles incarnent la magnificence et la vitalité de la nature. Les fleurs, objets symboliques, possèdent de multiples sens qui dépendent du contexte et du sujet traité. Leur splendeur éphémère est un hommage à la richesse et à la beauté de la nature. Mais elles peuvent aussi exprimer la fragilité de l’existence humaine, la vanité des biens de ce monde lorsqu’elles sont flétries ou que leurs feuilles sont rongées par des insectes. Qu’elles soient présentées en bouquets exubérants, simples corbeilles ou guirlandes élaborées, les compositions florales délicates, si souvent représentées dans la peinture nordique, révèlent une part de symbole et d’allégorie. Invitant à une paisible méditation sur la vie terrestre, elles sont une célébration fervente et minutieuse de la beauté de la nature. À une époque où prospérait l’art de la nature morte, les fleurs contribuèrent à une véritable exaltation de ce style grâce à des compositions talentueuses peintes à partir d’études précises d’après nature. Les artistes ont représenté des fleurs aux périodes de floraisons souvent éloignées, arrangées dans des vases précieux ou simplement disposées dans des corbeilles ou des vanneries». Au XIXème siècle, presque tous les artistes ont pratiqué la nature morte, mais les «spécialistes» sont moins nombreux qu’aux siècles précédents. Pour autant, les impressionnistes, avant tout peintres de plein air, ne dédaignent pas s’ adonner à l’exercice, avec une approche novatrice : l’objet lui-même est moins important que l’atmosphère qui l’entoure. Et les fleurs sont prétexte à une recherche sur les jeux de lumière et de couleurs plus qu’à une représentation «naturaliste». Aujourd’hui, les compositions florales sont toujours un point de passage quasi obligé pour tous les artistes, qui trouvent leurs sources d’inspiration dans l’histoire de l’art.

OSIAS BEERT, L’IMAGINATION NATURALISTE
Osias Beert, dit l’Ancien, peintre flamand, a joué un rôle important dans le développement initial des natures mortes de fleurs en Flandres et en Hollande. «Ces compositions de fleurs n’ont certainement pas été présentées par les peintres d’alors comme des images fidèles de la réalité. Il s’agit bien de mises en scène élaborées avec une recherche patiente et même minutieuse. Ajoutons qu’elles étaient inconcevables dans ces pays nordiques où les jardins d’agrément étaient rares, les fleurs précieuses et inaccessibles, au même titre que de véritables objets de collection», explique Michèle Perny, chargée de recherche documentaire au Musée du Louvre. Le bouquet peint par Osias Beert, dans son tableau Corbeille de fleurs, qui ignore les lois de la pesanteur, de la nature et l’ordre des saisons, n’a pu exister que dans l’imagination de l’artiste. «Il n’est que constructions et reconstitutions harmonieuses, géniales de raretés, étudiées d’après nature, ou copiées également d’après des illustrations de livres botaniques avec une précision toujours plus exacerbée». Ce qui rend encore plus étonnante la rigueur de la représentation, digne d’un ouvrage de botanique.

EUGÈNE DELACROIX, L’ESTHÉTIQUE FLAMBOYANTE
Dans la carrière de Delacroix, on ne compte qu’une dizaine de natures mortes, le genre n’étant pas très réputé en France à son époque. Mais son intérêt pour ce sujet est notable tout au long de sa carrière, notamment lors de son voyage au Maroc en 1832, où il est frappé par la profusion d’espèces et de couleurs. C’est lors de ses séjours à Nohant vers 1843, chez Georges Sand, que l’artiste s’intéresse plus particulièrement à l’étude des fleurs. Au-delà d’un goût pour l’imitation et la botanique, il développe une esthétique flamboyante, déclarant à son ami le peintre Constant Dutilleux : «J’ai essayé de faire des morceaux de nature». Dans Corbeille de fleurs, on trouve pêle-mêle des marguerites, des coquelicots, des giroflées, des hortensias, des roses et du lilas. Ce sont essentiellement des fleurs de printemps ou d’été, qu’il arrange de manière à créer une impression de jaillissement. L’occasion pour le peintre de jouer sur les variations de couleurs mais aussi de textures. Delacroix a placé sa corbeille devant un fond neutre, de couleur ocre, de façon à mettre en valeur les nuances. Ce n’est pas ici le détail qui est important, mais la vision d’ensemble.

 

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