De tous temps une source d’inspiration

Des Vénus du paléolithique aux corps torturés d’Egon Schiele en passant par les Apollon de la Grèce antique, les déesses de la Renaissance ou les courtisanes des Impressionnistes, la nudité a marqué les grandes heures de l’histoire de l’art.

Par Christian Charreyre 

 

Peindre, sculpter ou dessiner des corps dénudés n’est jamais anodin. Entre exaltation spirituelle et connotation érotique, ce thème majeur a toujours inspiré les créateurs et motivé les mécènes. Le nu a connu des périodes fastes, comme dans l’antiquité grecque, à la renaissance ou avec les Impressionnistes, mais aussi souvent provoqué des scandales retentissants lorsque la société était plus pudibonde, conduisant les artistes à ruser avec leur inspiration.

Quelle est la place du nu dans l’art ?

Elle est fondamentale au travers de l’histoire. Le corps est sans doute le premier sujet de représentation et probablement le premier support. Dès le paléolithique, 24.000 ans avant notre ère, on a les célèbres Vénus de Willendorf ou de Lespugue, des merveilles absolues.

Des divinités, sans doute, mais aussi des corps, des corps féminins, avec des éléments sexués, les fesses, les seins, hypertrophiés, de façon à souligner leur caractère à la fois érotique et maternel. Le nu est présent dans la plupart des civilisations, on le retrouve en Afrique, en Asie, en Océanie, en Inde et naturellement en Occident codifiée par Polyclète, permet de se rapprocher de la divinité. Pour y parvenir, les artistes utilisent, ce qui est très étonnant, plusieurs modèles : les pieds de l’un, les mains d’un autre…

À cette époque, le nu est-il majoritairement masculin ?

Pour les Grecs, la femme est une reproductrice et pas grand chose d’autre. L’homosexualité masculine est répandue, le corps de l’homme est un objet de désir. Sur l’Olympe, la plupart des Dieux sont des hommes. À part Vénus, déesse de l’amour qui couche avec beaucoup de monde, Diane, protectrice des vierges et des vestales, est très pudique et on ne saurait la montrer dans sa franche nudité. Le premier nu féminin, c’est d’ailleurs une Vénus, celle de Praxitèle. Cette période va durer jusqu’au IIème siècle après JC, avec l’amant de l’empereur Hadrien, Antinous, qui fera l’objet d’un culte de la beauté extraordinaire après sa mort, par ailleurs mystérieuse.

Après cette période très propice, le nu semble un peu moins présent. Que se passe-t-il ?

Le christianisme ! Au IIIème siècle, Constantin déclare le christianisme religion d’état et, peu à peu, les pères de l’Église s’organisent pour combattre le paganisme et imposer ce que l’on appelle la vraie foi… La nudité est fortement taboue. De nombreuses statues de Vénus ou d’Apollon sont détruites. Le corps glorieux, idéalisé des Grecs, est remplacé par le corps voilé. Et quand il n’est pas voilé, c’est le corps du pêché. Dans la Bible, quand Eve croque la pomme et la fait manger à Adam, ils se rendent compte qu’ils sont nus et se couvrent le corps. Et c’est à ce moment qu’ils sont chassés du Paradis. Les corps nus ne vont réapparaître que sur les façades des églises, pour les épisodes de la Genèse ou dans les différents cercles de l’Enfer. Un long sommeil qui va durer plus de 1.000 ans, jusqu’à la Renaissance.

Que se passe-t-il alors ?

Au tout début du XVème siècle, certains peintres, comme Masaccio, peignent, mais il s’agit toujours d’Adam et Eve. C’est évidemment Botticelli, avec la sublime Naissance de Vénus, qui marque le retour de la représentation grecque de la nudité. Elle s’inspire d’une statue antique appartenant aux Médicis. C’est l’époque d’une formidable association entre l’explosion des connaissances, à commencer par l’imprimerie, et la redécouverte du savoir antique. Car, malgré les destructions, les moines avaient préservés beaucoup de textes, traduits du grec en latin, puis en langue vernaculaire. Il y a une diffusion du savoir dans un contexte extraordinairement favorable. L’humain et non plus Dieu redevient la figure centrale. C’est l’humanisme de la Renaissance.

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