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Rencontres

Les « témoignages » essentiels de Sylvie Julkowski-Egard

EN POSANT SIMPLEMENT SON REGARD SUR CE QUI L’ENTOURE, SYLVIE JULKOWSKIEGARD, À TRAVERS SES ŒUVRES, TÉMOIGNE DE LA VIE QUOTIDIENNE DANS SA RÉALITÉ, ENTRE QUESTIONNEMENTS ET SENTIMENTS.
Par Gabrielle Gauthier

Par leur composition parfois non conventionnelle, leurs couleurs extraites d’une palette réduite, leur texture qui laisse place aux coulures et autres projections, leur dessin au cordeau… les œuvres de Sylvie Julkowski-Egard transcendent les époques et les goûts. À travers ses sujets qu’elle traite en série, l’artiste capture sur la toile l’émotion insufflée par des instants de vie, apportant à la «banalité du quotidien» une magistrale dimension poétique. Soulignant être« très attachée à l’humble « vérité » de la vie de tous les jours », Sylvie Julkowski-Egard sublime ainsi l’ordinaire avec passion, et nous le rend essentiel.

Quel est votre parcours artistique ?

J’ai suivi les cours de peinture à l’huile de Déric, peintre russe, à l’École d’Art de Douai de 2006 à 2009. Depuis 2010, je peins en tant qu’artiste professionnelle à Douai près de Lille.

Comment définiriez-vous votre style si particulier ?

Je dirais que c’est un style figuratif contemporain, fait de multiples touches de pinceau plus ou moins larges, énergiques et, à d’autres endroits, des zones plus travaillées, presque classiques, les visages ou le point focal notamment.

Comment votre style s’est-il imposé à vous ?

Dès mes débuts, je me suis rapidement rendu compte que mon travail avait un aspect rigide qui ne me correspondait pas. J’ai commencé par «flouter » les lignes de contour mais cela n’était pas suffisant. J’ai donc commencé à provoquer des « accidents » et j’ai constaté que je me rapprochais de l’idée que je me faisais de ma peinture. Progressivement, j’ai ajouté des coulures, des projections et toutes sortes de taches sur les parties « secondaires » de mes sujets. J’ai compris que j’allais dans la bonne voie, et que cela permettait également de diriger le regard vers le point focal. Mais je pense que mon style évoluera encore car ce que je trouve excitant c’est de créer de nouveaux effets, d’imaginer de nouveaux sujets, de nouvelles techniques. C’est véritablement un remède à la routine.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler en série ?

Ce n’est pas une décision que j’ai prise. Il s’agit tout simplement du reflet de ma personnalité. J’ai des goûts extrêmement éclectiques, que ce soit en musique, en littérature et tout à fait logiquement en peinture. En outre, je déteste la routine qui annihile l’imagination et l’inspiration. Avec la peinture, je ressens une liberté incroyable de traiter mes sujets de prédilection qui sont ceux de mon époque, c’est-à-dire la ville, le temps qui passe (avec les voitures rouillées et abîmées), « mes petites nanas » où je mets ma fille en situation afin d’aborder des sujets comme la rupture sentimentale, l’infidélité, la rivalité… Lorsque l’inspiration se tarit sur un thème, le fait d’enchaîner avec un autre permet d’aborder le travail d’un œil neuf et d’avancer dans son évolution.

Comment choisissez-vous vos sujets ?

Je peins ma vie et ce qui m’entoure, et donc tout naturellement les sujets s’imposent à moi. Quand la lumière d’une rue, une situation, des fruits sur une table, les plis d’une nappe… attirent mon attention, je les peins. En fait, lorsqu’un événement même le plus banal ou qui pourrait passer pour insignifiant m’émeut, j’essaie de rendre cette émotion sur la toile, ce qui implique que, bien souvent, j’ai certains
arrangements avec la réalité, notamment au niveau des couleurs et des valeurs, de façon à accentuer mon ressenti et le transmettre. C’est d’ailleurs de cette façon que j’enchaîne une série, car en peignant un sujet, un sujet, une autre idée surgit, différente, avec un autre éclairage, une couleur de base plus froide ou plus chaude, ce qui entraîne d’autres toiles dans le même thème.

Et comment choisissez-vous la technique entre huile et aquarelle ? Avez-vous une préférence ?

La plupart du temps je peins à l’huile car c’est le médium avec lequel je me sens le plus à l’aise. Je pratique le croquis aquarellé en vacances car rester une semaine ou deux sans peindre est tout simplement impossible, étant habituée à peindre environ 4 à 8heures par jour. Le croquis aquarellé me permet de peindre un sujet que je ne réalise pratiquement jamais en atelier: le paysage. C’est un excellent exercice de concentration car, dans un temps très court, il faut saisir l’ambiance d’un lieu, sa lumière et faire abstraction de ce qui nous entoure, les curieux, les touristes, les enfants, même si il est très agréable d’avoir des échanges avec eux et pas toujours facile de se faire comprendre [rires]. Je dois avoir à présent 20 ou 25carnets de croquis remplis qui remplacent les photos. J’en tire parfois une peinture à l’huile mais je dois dire que je n’aime pas trop faire deux fois la même chose. Je peins également quelques aquarelles plus élaborées mais cela ne représente qu’environ 3% de mon travail. La peinture à l’huile me prend beaucoup de temps et je n’en ai plus beaucoup pour le reste.

Quelle que soit la série, votre touche est reconnaissable par un certain effet, comme un voile, difficile à traduire par des mots. Pouvez-vous nous en parler ?

Il m’arrive effectivement, mais ce n’est pas systématique, de créer des effets à l’aide de spalter shaper en silicone, qui permet d’étendre de la peinture en couches très fines, voire même d’en retirer. J’utilise également pour créer des effets les couteaux traditionnels, les rouleaux d’imprimeur, le papier essuie-tout, les doigts, des peignes, les cartes de fidélité de grandes surfaces, enfin absolument tout ce qui me tombe sous la main.

De même, parlez nous de vos singulières compositions : cadrages particuliers, premier et arrière-plans, coulures, projections…

J’aime tout ce qui n’est pas conventionnel, donc parfois le cadrage de mes compositions va dans ce sens. Dans la série « réflexions sur le
temps qui passe », je traite la question du temps à travers des voitures autrefois très prisées, qui sont maintenant délabrées et rouillées. On est dans l’esprit des vanités, ces natures mortes qui rappellent aux hommes qu’ils étaient mortels par la présence de montres, d’horloges, de crânes ou de vermine sur les fruits. La rouille a remplacé ces attributs et, pour revenir au cadrage, j’ai choisi un angle contemporain en adoptant un cadrage asymétrique. Cela ajoute de la difficulté à la composition puisqu’on est toujours à la limite du déséquilibre, que je compense par des couleurs et des valeurs plus ou moins présentes. Les coulures et les projections viennent également compenser le déséquilibre en animant certaines parties de la toile.

Votre recherche artistique porte aussi bien sur la forme que sur le fond avec une réflexion sur certains sujets. Que souhaitez-vous « transmettre » à travers vos œuvres ?

Dans la série « mes petites nanas », ma source d’inspiration me vient de mon expérience personnelle, des situations que je rencontre, des comportements que j’observe et que je transfère sur la toile en distillant des clés de lecture à travers quelques symboles. Grâce à cette série, j’aborde des sujets variés comme l’infidélité, la rupture, la rivalité, l’addiction aux portables… Je ne sais pas vraiment si il s’agit de messages, je dirais plutôt qu’il s’agit de constatations, de témoignages d’où le jugement est totalement exclu.

Est-ce important que vos tableaux soient porteurs d’émotion ?

Je pense qu’un tableau qui ne dégagerait pas d’émotion ne serait juste qu’un objet décoratif. Un tableau doit provoquer une émotion, positive ou négative suivant les sensibilités, nous amener à nous poser des questions, mais ne doit en aucun cas laisser indifférent. Au même titre que toute forme d’art d’ailleurs. L’émotion peut être provoquée par la composition, par la palette de couleurs, le thème…, mais elle doit être présente, pas nécessairement violente, mais présente. C’est ce à quoi je m’attelle à chaque fois que je prends un pinceau et je formule le vœu de parvenir à susciter quelque chose chez le spectateur.

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