À travers ses séries, l’artiste lyonnaise dévoile de belles histoires, réelles ou irréelles, empruntent à la fois de beauté et de poésie, et qui toutes résonnent en nous.
Par Gabrielle Gauthier

Passionnée par l’art dès son plus jeune âge, l’artiste plasticienne lyonnaise a transformé sa passion en métier. Diplômée de l’école supérieur des Beaux-Arts de Lyon, elle enseigne depuis 2004, notamment à l’école d’architecture d’intérieure Cread à Lyon, mais aussi dans son atelier (Le Laboratoire à Lyon), où elle dispense des cours de peinture, de dessin… Partager son savoir, continuer à apprendre au contact des autres, cette notion de partage, on le retrouve également dans le travail pictural de l’artiste qui développe ses sujets de prédilections : les autres… et ce qu’elle y projette. Ses œuvres poétiques racontent ainsi des histoires que chacun est libre d’interpréter.

UNE ŒUVRE DÉLICATE

Travaillant principalement à l’huile et se servant parfois de la photographie comme base, Marie Anglade œuvre en séries sur des thèmes récurrents. Chacune dévoile une histoire mise en scène dans une harmonie de blanc et de couleurs. Celles-ci se dévoilent délicatement, comme pour nous inviter par la douceur à entrer dans l’histoire, à pénétrer un univers poétique où transparaît la sensibilité de l’artiste. C’est aussi par un travail minutieux sur la lumière et de subtils glissements entre les différents éléments que Marie Anglade nous offre une
pause bienfaitrice.

Comment êtes-vous venue à associer peinture et photographie ?

Pendant ma période d’études aux Beaux-Arts de Lyon, j’ai beaucoup travaillé la vidéo installation, ce qui me plaisait étant la narration, une narration non linéaire et subjective autour de laquelle chacun pouvait choisir la fin de l’histoire et créer ses propres liens, comme dans la plupart du travail cinématographique de David Lynch que j’apprécie beaucoup. De la vidéo, je suis rapidement passée à la photographie puis à la peinture, en faisant aussi des arrêts sur image de mes vidéos. Je travaille régulièrement en shooting comme base de mon
travail de peinture mais parfois la photographie se suffit à elle-même. Et ce n’est pas nécessairement les meilleurs clichés qui donnent les meilleures toiles, c’est un choix subjectif. Je reste dans cette problématique de narration, j’aime le passage d’un plan à un autre par glissement, le non fini, le blanc… Différents éléments me permettent de créer ces glissements avec, à chaque fois, une « figure »
à travers laquelle on peut lire une histoire et quelques thèmes récurrents comme les fleurs, l’eau, les reflets, la lumière….

De même, vous utilisez huile, acrylique et techniques mixtes. Pourquoi ?

Je travaille principalement la peinture à l’huile mais j’aime le mélange des médiums, la recherche et l’expérimentation, les « accidents » qui parfois révèlent une beauté…

Êtes-vous constamment dans la recherche ?

Oui. Je pense que c’est le cas de tous les artistes.Si je n’avais plus à chercher, je crois que j’arrêterais de créer… Chaque année, j’ai une grosse remise en question, et pourtant, j’en reviens toujours à la même chose… Mais je crois que c’est essentiel pour évoluer et préciser son travail… Pouvez-vous nous parler de votre travail sur la couleur, plutôt suggérée… J’aime le blanc parce que la couleur peut y habiter, glisser, se dissoudre… J’aime énormément le travail de la couleur à l’huile, voir comment une couleur se fond à une autre. La couleur prend de plus en plus de place dans mon travail. Une toile sans couleur est, pour moi, comme peindre une toile sans « figure »… Cela m’ennuie.

Comment choisissez-vous vos modèles et qu’est-ce qui vous inspire ?

Mes modèles sont souvent des personnes que je connais, à travers lesquelles je lis une histoire, réelle ou irréelle, les deux parfois avec ce que j’y projette. Les gens, les visages, les histoires cachées en chacun, les mondes parallèles qui se dissimulent derrière un visage, avec leur environnement… Un visage est pour moi comme un livre ouvert…

Comment définiriez-vous votre style ?

Il est toujours difficile de se définir soi-même… Je dirais néanmoins que mon style est figuratif et symboliste… et certaines toiles assez cinématographiques.

Que souhaitez-vous « transmettre » à travers vos œuvres ?

De la lumière en premier lieu ! De la douceur la plupart du temps, mais également un reflet… Que chacun puisse se projeter, raconter sa propre histoire, y voir quelque chose d’intime et, à la fois, impermanent…

 

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