S’il réalise des portraits sur commande, cet artiste au parcours original ne craint pas de sortir des sentiers battus, donnant à ses créations une force étonnante.
Par Christain Charreyre

Le portrait traditionnel, surtout sur commande, ne laisse pas toujours beaucoup de liberté pour exprimer son imaginaire artistique. En s’affranchissant des palettes de couleurs habituelles, Philippe Cormault sublime la beauté féminine.

Vous avez découvert le portrait très jeune…

Quand j’étais enfant, j’allais souvent à Montmartre voir les portraitistes de la place du Tertre qui me fascinaient. Une fois rentré à la maison, je me prenais pour l’un d’entre eux et je faisais les portraits des membres de ma famille. Au début, ce n’était pas très ressemblant mais je me suis amélioré par la suite, heureusement! Il faut bien commencer et, ensuite, beaucoup travailler.

Vous ne vous destiniez pourtant pas à une carrière artistique…

Vraiment pas ! J’ai fait une école de commerce parce que, à cette époque – j’ai 58 ans -, ce n’était pas aussi courant qu’aujourd’hui de laisser ses enfants faire une école d’art. Jeune, mes parents m’ont fait suivre des cours mais, c’est assez amusant, c’était de la peinture à l’huile et c’est la seule technique que je ne fais pas du tout aujourd’hui. J’ai toujours continué à dessiner, en amateur, mais j’avais un vrai métier à côté. Au bout de 25 ans, j’en ai eu assez et j’ai eu l’opportunité de faire ce qui me passionnait vraiment et d’essayer d’en vivre.

Comment avez-vous franchi le pas ?

En 2006, j’ai créé mon site et j’ai démarré en semi-professionnel, sans quitter immédiatement mon emploi, pour réaliser des portraits sur commande. Cela fait six ans que je ne fais plus que cela et j’ai quitté Paris pour Toulouse. Quand on se lance dans cette activité de portraitiste, on a malheureusement de moins en moins de temps pour faire des œuvres personnelles, ce que je regrette un peu.

Dans votre travail, vous sortez des sentiers battus, notamment au niveau des couleurs…

Au départ, c’est une recherche plutôt personnelle, car il est rare que les clients commandent ce genre de choses. Maintenant que j’ai un peu plus de visibilité, cela arrive cependant de plus en plus. Mais je les préviens avant, évidemment. Je leur demande si cela les intéresse d’avoir des portraits un peu moins classiques. Je fais toujours des portraits ressemblants, mais je me donne davantage de liberté dans les couleurs. Généralement, ils sont contents du résultat. Mais cela reste assez marginal.

Le portrait est souvent considéré comme un exercice difficile. Qu’en pensez-vous ?

Je sais que c’est ce que l’on dit, mais je ne suis pas forcément d’accord. Ce n’est pas plus difficile qu’autre chose. Je fais des dessins d’observations, des paysages, des carnets de voyage et, personnellement, j’ai plus de mal.

Quels sont les points importants pour réussir un portrait ?

L’observation en premier, mais ce n’est pas spécifique au portrait. Peindre, c’est d’abord observer. Ensuite, il faut repérer les grandes masses, les contours, les ombres. Il faut mettre en place les volumes sans s’attarder sur les détails. Quand on débute, on a tendance à vouloir reproduire au trait les contours que l’on voit. Il y a une autre méthode  qui consiste à repérer les masses blanches. Il faut plutôt synthétiser la justesse des formes, avec la répartition des ombres et des lumières.

Mettez-vous longtemps à réaliser un portrait ?

C’est variable, selon le format et la technique employée. Pour un portrait au crayon demi-raisin, il me faut deux heures. Pour un tableau peint, de plus grande taille, cela peut aller jusqu’à 15 ou 16 heures. L’une des difficultés, pour le portrait comme pour tout type d’œuvre ? Savoir quand arrêter pour ne pas tout dire et laisser l’œil du spectateur faire le reste. Certains portraits moins finis sont ainsi plus réussis que ceux qui sont parfaitement léchés.

Le portrait féminin est-il plus délicat ?

La chevelure est plus importante chez la femme. C’est un point crucial dans un portrait féminin. La chevelure doit être un volume, pas juste des cheveux les uns à côté des autres. Et, parfois, il est difficile de saisir la forme du crâne sous la masse de cheveux.

Faut-il des connaissances théoriques pour réussir les portraits ?

Connaître l’anatomie, les proportions classiques que l’on trouve dans tous les manuels. Mais il faut aussi avoir des connaissances en perspective, de construction. Le plus important reste pourtant l’observation, encore et toujours l’observation.

Reproduire les couleurs de peau est souvent un problème. Avez-vous une solution ?

Commencer par le noir et blanc, cela permet de saisir les différentes valeurs, de travailler sur les contrastes. Ensuite, on peut passer à la couleur, avec encore plus de choix. Il ne faut pas hésiter à mélanger les couleurs. Et, pour les ombres, ne pas utiliser forcément la couleur que l’on croit voir. Un bleu, par exemple, fait une bonne ombre alors qu’on ne la voit pas ainsi. Il faut expérimenter et ne pas avoir peur de
tout changer.

Ne craignez-vous pas de perdre en réalisme?

Je suis réaliste dans le dessin, d’abord parce que c’est ce qu’on me demande. Un portrait doit être ressemblant, sinon cela ne fonctionne pas. Mais, pour certains travaux personnels, je peux m’affranchir un peu plus de la réalité. Surtout avec l’acrylique.

À part l’huile, vous utilisez pratiquement toutes les techniques…

En fait, c’est mon rêve de faire de l’huile. Mais c’est trop long à sécher. Pour un portraitiste qui travaille sur commande, il faut aller assez vite. Je ne peux pas me permettre d’avoir un délai de séchage de plusieurs mois. Pour le reste, travailler avec différentes techniques offre plus de possibilités et plus de choix au client. Et c’est plus drôle, cela permet de varier les plaisirs. Je ne me vois pas faire du dessin au crayon toute la journée. D’autant que, pour le portrait, tout fonctionne.

Avez-vous une technique de prédilection ?

L’acrylique et le crayon graphique. Mais j’ai découvert récemment le Gansai Tambi, une aquarelle japonaise aux couleurs éclatantes, contrairement à l’aquarelle européenne. Désormais, quand je propose de l’aquarelle à mes clients, c’est ce que j’utilise.

En tant que portraitiste sur commande, vous travaillez principalement sur photo. Cela vous limite-t-il ?

En réalité, je trouve cela plus facile. Quand on dessine ou que l’on peint, on doit transformer ce que l’on voit en trois dimensions en une image à deux dimensions. Avec la photographie, ce problème est déjà résolu. Avec la photo, vous êtes « enfermé » avec le modèle que vous avez. J’ai beaucoup de mal à extrapoler, à changer l’expression. En revanche, un portrait sur le vif laisse davantage de possibilités. Le résultat est toujours plus intéressant quand on travaille avec un modèle vivant.

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