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Rencontres

Valérie Glasson, peintre de la justesse et de l’émotion

EST-CE LA PRATIQUE DE LA CALLIGRAPHIE QUI A PERMIS À CETTE ARTISTE FRANCO-SUISSE DE DÉVELOPPER UNE TELLE FINESSE DANS LES TRAITS ET LES DÉTAILS ? ELLE A EN TOUT CAS DÉVELOPPÉ UNE ÉTONNANTE MAÎTRISE DANS UN STYLE ORIGINAL.
Par Christian Charreyre

Valérie Glasson a longtemps travaillé à l’encre de Chine. Aujourd’hui, l’acrylique lui permet de transmettre la qualité veloutée d’une fourrure ou les vibrations d’une plume donnant vie à la surface de la toile. L’objectif est de laisser la vie s’écouler de l’œuvre tout en privilégiant une pureté de ligne et de tracé qui rappelle l’art des estampes japonaises sur bois.

Comment êtes-vous passée de la littérature à la peinture ?

J’ai toujours eu les deux passions. Je dessine depuis que je suis toute petite. Et j’ai choisi de faire des études de littérature pour avoir un métier. J’ai été prof de français pendant quelques années, mais toujours avec l’idée de ne faire un jour que de la peinture. C’était une sécurité de pouvoir faire autre chose. Mais dans mes études de lettres, j’ai souvent travaillé sur le thème de la peinture chez les auteurs qui me passionnaient. Et j’ai aussi fait des études d’histoire de l’art.

Quelle a été votre formation artistique ?

Honnêtement, je n’ai jamais pris le moindre cours de dessin. Je suis entièrement autodidacte.

Avez-vous trouvé votre style tout de suite ?

J’ai quand même un peu tâtonné. J’ai commencé par faire beaucoup de calligraphie sans peinture, par exemple le portrait de Rimbaud dessiné avec un de ses poèmes. À côté, je faisais de la peinture plus traditionnelle. À un moment, j’ai entremêlé les deux, j’ai fait toute une série que j’ai appelé le Bestiaire poétique, des peintures d’animaux entrelacés avec des poèmes en lien. Actuellement, j’ai mis la calligraphie un peu de côté pour me concentrer sur la peinture.

Que vous apporte le fait de commencer par la calligraphie ?

En fait, je suis plus dessin que peinture, plus dans la ligne que dans la couleur. Mais les choses changent. Dans une nouvelle série florale sur laquelle je travaille en ce moment, j’explore les couleurs et cela me passionne.

Les animaux sont l’un de vos sujets de prédilection…

J’ai travaillé un peu tous les sujets. Mais la personne qui a réalisé mon site Internet, Laurent Piollet, travaille aussi pour le Salon national des artistes animaliers. Il m’a conseillé de leur montrer quelque chose. J’ai participé à deux ou trois salons, avec un tableau à chaque fois, et ils ont repéré mon travail et m’ont proposé en 2014 de me décerner le Grand Prix de Peinture mais il fallait que j’expose en 2015 vingt à trente tableaux animaliers. J’ai dit oui, comme si j’avais plein de toiles en stock alors que je n’en avais qu’une. J’ai raccroché et je me suis mise au travail pendant une année à ne faire que cela. Et c’était passionnant.

Vous travaillez à l’encre de Chine et l’acrylique. Pourquoi ces deux techniques ?

Aujourd’hui, l’acrylique a pris le pas, même sur certains tableaux avec des traits très fins que l’on pourrait croire dessinés à l’encre. Quand j’ai commencé à peindre de manière professionnelle, je travaillais sur papier. Pour passer à la toile, j’ai dû changer ma façon de travailler. J’ai d’abord utilisé des stylos à encre de Chine, mais il me fallait 30 stylos pour un seul tableau ! Je me suis dit pourquoi ne pas tremper mon pinceau dans de l’encre acrylique. Et je me suis rendu compte que j’arrivais à la même finesse.

Avez-vous essayé d’autres techniques ?

Sur papier, je peignais tout ce qui est couleurs à la gouache. Mais depuis que je suis sur toile, l’acrylique répond à tous mes besoins. Quand j’étais adolescente, j’ai fait de l’huile, mais l’été dans mon jardin, sans les contraintes de l’odeur. Et je ne pense pas que l’huile puisse convenir à mon travail actuel. Je fais des couches, des couches, des couches… Avec les temps de séchage, il faudrait que je travaille sur cinq tableaux en parallèle pour pouvoir avancer et je déteste ça. J’aime bien entrer dans un tableau et n’en sortir que quand il est terminé.

Combien de temps passez-vous sur une toile ?

Cela dépend des formats. Sur celui sur lequel je travaille en ce moment, un 75 x 100 cm, il me faut environ un mois.

Comment êtes-vous devenue artiste professionnelle ?

Ma première exposition personnelle a eu lieu en 2006 et cela fait dix ans que j’ai quitté l’enseignement et je ne fais plus que peindre. Il y a eu une année où j’ai gagné autant avec la peinture que mon salaire de prof et je me suis dit que c’était peut-être le moment de me lancer.

Vous rappelez-vous de votre première exposition ?

C’était magnifique. C’était au jardin botanique à Genève, à l’époque, il y avait une superbe villa du XIXe siècle donnant sur le lac qui accueillait des expositions. J’ai travaillé une série florale, Vibrations. Et cela a très bien marché.

Et de la première œuvre que vous avez vendue ?

Très bien ! J’étais dans un jardin en train de peindre des feuillages et j’ai croisé une connaissance qui a absolument voulu m’acheter le tableau. Je n’en revenais pas. C’était un cadeau pour ma mère mais j’ai accepté, je me suis dit que je pourrai en refaire un.

Pensiez-vous en vivre un jour ?

Cela a toujours été un rêve, mais pendant très longtemps, j’ai pensé que c’était un rêve inaccessible. Et finalement,non ! Aujourd’hui, j’ai des gens qui me suivent, qui sont fidèles, qui m’achètent plusieurs toiles. Souvent, un tableau n’est pas terminé qu’il est déjà vendu. C’est fou !

 

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