Au couteau, Valérie Parize, alias Artize, sculpte la matière pour transcender la couleur et la lumière dans des scènes captivantes. Par Gabrielle Gauthier

Peintre de l’émotion, Artize trace sur ses toiles des histoires qui invitent au voyage. Paysages, scènes de vie, perceptions urbaines… dans lesquels s’invitent parfois des personnages, ses œuvres à la limite de l’abstraction fascinent autant par leur composition que leurs couleurs, subtilement sculptées. Jouant des contrastes, l’artiste suggère par petites touches de belles ambiances lumineuses qui font la part belle autant à la rêverie qu’à l’émotion.
En tant qu’autodidacte, comment avez-vous découvert la peinture à l’huile au couteau ? J’ai découvert la peinture à l’huile au couteau à l’âge de 10 ans. Je faisais partie d’un atelier pour adolescents. J’ai immédiatement été attirée par cet outil et ne l’ai plus jamais quitté. D’ailleurs, je n’ai jamais peint avec un pinceau ou une brosse. Mon père peignait un peu au couteau à l’époque. C’est peut-être lui qui m’a donné envie d’essayer la peinture. En tout cas, ce fut une révélation pour moi.

Votre recherche picturale porte à la fois sur la matière et sur la couleur. Pour vous, matière et couleur sont-elles inséparables ?

Quand on peint au couteau, on aime forcément la matière. Le couteau permet de sculpter la matière, de lui donner vie. C’est avant tout une peinture de mouvement et donc de vie. Le couteau permet également de travailler proprement ses couleurs et de maîtriser sa touche. Pour moi matière et couleur sont inséparables dans ma recherche picturale. Mais ma priorité est dans la recherche de la profondeur et de la lumière. J’aime beaucoup cette phrase de Martial Raysse : « La peinture c’est faire de la lumière avec de la matière ». Je m’y emploie.

Comment définiriez-vous votre style ? Et en quoi votre identité picturale est-elle si identifiable ?

Ma peinture est instinctive. Je n’ai jamais peur de me tromper quand je peins. J’ose et c’est ainsi que j’avance. Un jour, j’ai eu l’idée de prendre un peigne à cheveux pour dessiner les fenêtres d’un immeuble ; un autre de tamponner la peinture avec du papier froissé pour faire un arbre. Toutes ces découvertes rendent ma peinture identifiable. Aujourd’hui, j’ai parfois davantage l’impression de sculpter que de peindre.

Que signifie pour vous le fait de suggérer plutôt que révéler ?

Quand quelqu’un me demande en regardant une de mes toiles « Quel lieu avez-vous voulu représenter ? », je réponds toujours : « C’est là où vous voulez aller ». Lorsque je peins, je pense à une ville, à un lieu mais je ne travaille pas à partir de photos. Je suggère un lieu et je l’habite avec des personnages pour raconter une histoire. L’important, c’est que l’on voyage en regardant mes toiles et qu’elles procurent une émotion.

Vos « univers » sont « larges ». Comment choisissezvous vos sujets ?

Je vais beaucoup sur pinterest ou sur Internet. Je prends également beaucoup de photos. Je crée des dossiers avec plein d’images qui me séduisent. Cela peut être une couleur, un objet, une rue… Puis tout s’organise dans ma tête. J’ai aussi un carnet dans lequel je note des idées de sujet. Quand je commence une toile, j’ai souvent plusieurs idées. Je choisis un thème, un fil conducteur et je peux m’inspirer d’une photo mais, rapidement, l’environnement que je crée s’invente sur la toile, comme si une première couleur emmène la suivante. Je me laisse guider. Pour moi, chaque toile est un voyage : il y a un point de départ et une arrivée qui peut être surprenante.

Êtes-vous une incorrigible optimiste pour représenter des « scènes de vie peuplées par des personnages de dos marchant toujours vers leur avenir » ?

Je crois que oui ! La vie n’est pas toujours simple, mais je préfère regarder l’avenir plutôt que le passé. La peinture est un exutoire pour moi. Je travaille beaucoup la profondeur, la perspective. Le fait de représenter des personnages de dos permet aux spectateurs de s’identifier à eux. On rentre plus facilement dans la toile en suivant quelqu’un qui semble aller vers de la lumière positive que face à quelqu’un qui vient vers vous.

Pour vous, que signifie travailler dans l’instant, dans l’émotion ?

J’essaie de ne pas laisser ma tête prendre le contrôle. Une première couleur se pose sur la toile et guide la suivante. J’ai toujours l’idée du sujet de départ mais, parfois, entre mon idée de départ et la toile finie, il y a un monde. J’aime me laisser porter par la peinture. Pour moi, une toile réussie, c’est une histoire que j’ai su raconter. Il y a des jours où je suis incapable de peindre. Je n’ai rien à dire. Avant, je m’obligeais à peindre et les toiles n’étaient pas bonnes. Aujourd’hui, j’accepte ce vide. Je vais au cinéma, je promène mon chien… et l’inspiration finit toujours par revenir.

Que souhaitez-vous « transmettre » à travers vos œuvres ?

La vie est belle surtout si l’on y met des couleurs. J’aime beaucoup cette citation de Marc Chagall : « Si toute vie va inévitablement vers sa fin, nous devons durant la nôtre, la colorier avec nos couleurs d’amour et d’espoir ».

Avez-vous un « truc de pro » à partager ?

Faire attention à la qualité des toiles que l’on achète. Choisir des châssis qui se tendent avec des clés et qui sont suffisamment costauds. Si vous travaillez sur des toiles de mauvaise qualité, vous risquez d’être déçu du rendu de votre travail. J’aime beaucoup utiliser les pointes caoutchouc pour sculpter la matière et signer mes toiles.

Acheter